Edito

10 Juin 2026 Lettre aux terminales

Chers élèves de terminale,

Au moment où vous vous apprêtez à quitter le lycée pour poursuivre votre chemin vers les

études supérieures, l’apprentissage d’un métier, une année de césure ou d’autres projets de

vie, je souhaitais vous adresser quelques mots avant de nous retrouver une dernière fois au

bal du 18 juin qui marquera symboliquement la fin de votre parcours au lycée et le début

d’une nouvelle aventure..

D’abord, tout simplement, merci.

Merci pour ces années partagées, pour les échanges, les réussites, les questionnements,

les enthousiasmes, parfois les désaccords aussi. Un établissement scolaire est bien plus

qu’un lieu où l’on prépare des examens : c’est un lieu de vie où l’on grandit, où l’on apprend

à devenir soi-même et à vivre avec les autres. Vous avez contribué, chacun à votre manière,

à faire vivre cette communauté.

Dans mon rôle de CPE, je n’ai jamais eu la prétention de détenir toutes les réponses. J’ai

simplement essayé, avec mes convictions et ma sensibilité, de promouvoir quelques idées

qui me semblent essentielles : le respect des autres, le sens de l’engagement, la

persévérance dans l’effort, et cette conviction que l’on peut travailler sérieusement sans

jamais renoncer à la joie, à l’humour et au plaisir d’être ensemble.

J’ai toujours pensé que l’exigence n’avait de sens que lorsqu’elle s’accompagne de

bienveillance, et que l’on apprend mieux lorsque l’on se sent considéré et encouragé. Si

certains messages vous accompagneront demain, alors le travail accompli ensemble aura

eu du sens.

Je souhaite adresser un remerciement particulier à celles et ceux qui se sont investis au

service des autres : les délégués de classe, les élus et membres du CVL, ainsi que tous les

élèves qui ont accepté de donner de leur temps et de leur énergie pour faire avancer des

projets collectifs. Votre engagement est précieux. Il témoigne d’un esprit de responsabilité

dont notre société a besoin. Vous avez souvent travaillé dans l’ombre, sans toujours

mesurer l’importance de votre contribution. Sachez qu’elle a été remarquée et appréciée.

Je voudrais également avoir une pensée particulière pour vos parents.

Être parent est certainement l’un des métiers les plus difficiles qui soient. Il demande de la

patience, de la constance, de la confiance, parfois du courage, souvent de l’abnégation. Au

fil de ces années, j’ai pu mesurer la qualité du suivi de nombreuses familles, leur présence

discrète mais solide, leur capacité à accompagner leurs enfants dans les moments faciles

comme dans les périodes plus compliquées. Je tiens à les remercier sincèrement pour ce

partenariat éducatif essentiel. Rien de durable ne se construit sans cette alliance entre la

famille et l’école. Je les remercie également pour la confiance qu’ils m’ont accordée tout au

long de ces années.

Je souhaite également m’adresser aux élèves de Marly-le-Roi avec une émotion toute

particulière.Lorsque vous étiez en CM2, j’avais eu le plaisir de vous accueillir au collège lors de votre

visite de découverte. Certains d’entre vous s’en souviennent peut-être encore. À l’époque,

vous arriviez avec beaucoup de curiosité, parfois un peu d’inquiétude, souvent avec des

cartables qui paraissaient presque trop grands pour vous. Puis, nous avons vécu ensemble

une période que personne n’aurait pu imaginer. Durant les confinements et les mois

d’incertitude, nos échanges épistolaires numériques ont parfois constitué un lien précieux. Ils

restent pour moi le souvenir d’une génération qui a dû grandir dans des circonstances

exceptionnelles.

Quelques années plus tard, à la faveur de ma mutation au lycée de secteur, j’ai eu la chance

de vous retrouver.

Dans une carrière de CPE, il est rare de pouvoir accompagner une même cohorte sur une

période aussi longue, depuis les portes du collège jusqu’à celles de l’enseignement

supérieur. J’ai ainsi pu vous voir grandir, évoluer, gagner en maturité, construire

progressivement vos projets et votre personnalité. C’est un privilège dont je mesure

pleinement la valeur.

Je garde en mémoire les élèves que vous étiez et je regarde avec confiance les jeunes

adultes que vous êtes devenus.

J’espère sincèrement avoir l’occasion d’en recroiser beaucoup d’entre vous. Peut-être lors

du forum post-bac dans quelques années, lorsque vous reviendrez partager votre

expérience avec les générations qui vous suivront. Ce serait une belle manière de boucler la

boucle et de mesurer ensemble le chemin parcouru.

Avant de conclure, je voudrais aussi vous dire quelque chose d’important.

Le métier de CPE est un métier profondément humain. Il n’existe pas de recette parfaite

pour accompagner plusieurs centaines de jeunes aux parcours, aux sensibilités et aux

attentes si différentes. Contrairement à d’autres disciplines, il n’existe pas de programme

déjà écrit, de manuel indiquant exactement ce qu’il faut faire ou dire dans chaque situation.

Nous travaillons avec des personnes, avec leurs histoires, leurs sensibilités, leurs fragilités,

leurs talents.

J’ai essayé chaque jour d’être juste. Je n’y suis certainement pas toujours parfaitement

parvenu.

Alors si certains de mes mots, certaines décisions ou certaines interventions ont parfois été

mal vécus, mal compris ou ont pu vous blesser, je tiens à vous présenter mes excuses. Non

pas parce qu’il faudrait renoncer à l’exigence éducative, mais parce que je sais combien il

est difficile de trouver en permanence la juste distance et le ton juste.

J’ai toujours essayé d’agir avec sincérité et avec la volonté de vous aider à avancer. Comme

beaucoup de ceux qui exercent ce métier, je l’ai fait avec mon expérience, mes convictions,

mes doutes parfois, mais surtout avec mon cœur.

Aujourd’hui, une nouvelle page s’ouvre pour vous.Vous allez découvrir d’autres lieux, rencontrer d’autres personnes, réussir certaines choses,

en rater d’autres, changer d’avis, vous surprendre vous-mêmes. C’est normal. C’est même

souhaitable. Beaucoup d’entre vous, je le sais, appréhendent ce départ ; cependant, c’est

souvent dans les changements que l’on découvre des ressources que l’on ne soupçonnait

pas en soi.

Gardez confiance en vous. Continuez à être curieux. Osez travailler avec sérieux. N’ayez

pas peur de l’effort. Mais n’oubliez jamais non plus de cultiver ce qui vous fait vibrer, rire,

aimer et espérer.

Je vous souhaite sincèrement de trouver votre voie, non pas une voie parfaite, mais une

voie qui vous ressemble.

Bonne route à chacune et chacun d’entre vous.

Et merci pour tout ce que vous avez apporté à cette belle aventure collective.

Avec toute ma confiance pour la suite,

Alexandre courtin

Alexandre.courtin@ac-versailles.fr

24/11/2024 : Le bord Plateau

Alors que la mise en scène de ce Misanthrope du délicieux Molière recouvrait quelques belles idées, il a fallu pour la troisième fois de ma carrière de spectateur dans un délai de deux mois, que l’on « m’invite » à un « bord-plateau ». Quelle est donc cette  nouvelle tendance qu’à peine les rappels passés, l’acteur sort du personnage devant un public qui lui aussi reprend ses habitudes, réactive un mode hors avion, et nous demande de lui poser des questions….. Est-ce vraiment intéressant pour l’art ? Si l’on se déplace pour voir des acteurs, écoutez des auteurs, ne serait-ce pas dans l’intime espoir d’éviter que l’on bavarde sur la vie des uns, des autres…. Il fallait déjà subir les réponses souvent égotiques des comédiens en avant première cinéma, nous voilà désormais dans des « bords plateaux », où , bien plus par politesse que par envie, le public, attend d’être libéré. Gare à celui ou celle qui partira de la salle à ce moment là, la plaisanterie arrivera certainement d’un coin du plateau . Pourtant, que peut-on reprocher au spectateur qui souhaite rester dans un univers artistique, dans une réflexion à l’issue d’une pièce, d’un film, d’un opéra ? Prolonger l’imaginatif, se poser des questions, continuer d’être dans le beau, voilà les raisons qui peuvent nous conduire au spectacle. Le « bord plateau » ( le nom déjà teinté de démagogie laissant à penser que l’acteur et le spectateur sont au même statut)  est un travail de coulisse, de loge, d’intimes mais proposer une analyse sans laisser la liberté au spectateur de pouvoir s’échapper ce n’est pas raisonnable . Donc, oui, après un spectacle, je suis d’accord pour continuer de rêver, et non je n’ai pas de questions sur combien gagne un comédien ? Est-ce que vous avez des anecdotes de tournage ? J’ai des comédiens, des chanteurs, des auteurs en admiration, et même avec les plus grands d’entre eux, je préfère continuer à rêver, à les écouter, à les entendre que d’être avec eux au bord d’un plateau à bavasser… Allez, monsieur l’acteur, joue, fais nous rire, fais nous pleurer, fais nous réfléchir, et à la fin, laisse nous rêver avant que la vie se charge d’elle même de nous ramener à notre réalité.

05/08/2024 : Les Jeux de la sincérité

 » Je me suis fait démonter  » Ainsi donc avait parlé Félix, 17 ans c’était sans compter sur un « j’ai fait un match quasi parfait  » deux jours plus tard. A l’image de l’ambiance dans les fans Zones, ce qui plaît avant tout dans ces Jeux, c’est la sincérité. Le monde de l’apparence et de la superficie à laisser place au combat, à l’abnégation. Tous ces sportifs ont un point commun, ils travaillent tous et toutes pour une ou deux minutes parfois de combat. Et quand on voit le désarroi des athlètes qui arrivent en 4ème position, comme Samir Aït Saïd, on comprend que nous sommes dans la sincérité…dans la dure réalité. 

 J’ai échoué, oui mais je vais continuer, me battre pour réussir une prochaine fois. S’accorder une semaine de vacances, et recommencer le travail chaque jour, pour les prochains jeux, pour essayer encore et encore de gagner. 

Que l’on aime ou pas le sport, ces Jeux auront un mérite incroyable, rappelez à chacun de nous qu’au delà des belles images de ce Paris féérique, ce qui fait la réussite des Olympiades, c’est avant tout, la sincérité de nos champions. 

12/01/24 : De l’art du caractère politique

 La vie politique est aussi incroyable que fragile. Réelle ou virtuelle ? Avez-vous réussi à séparer  la partie cinématographique, télévisuelle et émotionnelle ? Sommes nous déjà dans une dimension virtuelle où la chaine d’information à une longueur d’avance sur le script, où le réseau social projette des scénari à l’infini ? Peut-on réellement penser que l’acteur politique est uniquement homme de scène ? La philosophie nous renseigne d’ailleurs  Thucydide nous l’indiquait  : La force de la Cité n’est pas dans ses remparts ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère de ses hommes. 

Nous savons bien que les limites de la nation intégrée dans une Europe et un monde qui la dépasse pour sa propre survie est responsable à elle seule de peu de choses, alors ne condamnons pas les acteurs avant de juger les actes, peut-être que tout est faux, peut-être, comme ils disent, que la sincérité n’est plus, mais, s’il vous plaît juste une chose,  montrez du caractère !